Preuuuumm’s

Il n’a jamais réussi à être le premier à répondre à la grande question du jeu-concours de Koh-Lantah (Dans l’émission que vous venez de voir, qui est sorti cette semaine?), il n’ jamais réussi à être le premier à faire un comm’ sur le blog de Laurel ou sur celui de maître Eolas, mais voilà la persérvérance a enfin payé.
Et réussir à faire gober à l’AFP que c’est vrai, ça paie encore plus.

Une précision envoyée par le secrétaire de l’Élysée suppléant, Régis Pouhareau : Bonjour. Votre dessin contient un détail qui mériterait d’être explicité. En effet, si Carla Sarkozy nomme son époux « Mon chou de Bruxelles » et non « Mon chou » comme tout le monde, ce n’est pas parce qu’il est vert mais parce que la France a pris la présidence tournante de la commission européenne, dont le siège est à Bruxelles. Il ne faut donc y voir aucune autre allusion. Faites le savoir à vos lecteurs.

Soirée de championnat (3)

Les deux frères racontèrent qu’ils étaient de grands savants (Albert et Frank Einstein disaient-ils pour rire) et, pour le prouver, assomèrent les deux jeunes femmes d’histoires à dormir debout: la relativité générale, les généralités relatives et restreintes, la poussée d’Archimède, Dieu, les anges, Planck, le nombre ?, le système alpha centauri et le système Debian IV, etc.
Cécile, comme Valérie, commençait à trouver les deux garçons un peu pénibles. Entre les supporters de rugby, les historiens locaux un-peu-peintres-un-peu-poètes et les théoriciens du dimanche de la physique quantique, la région Midi-Pyrénées avait, certains soirs, quelque chose d’assommant pour de jeunes employées de mairie qui voulaient juste se changer les idées en dansant.
Impossible cependant de bouger ou même de parler, les deux demoiselles étaient comme paralysées, leurs corps ne leur obéissaient plus. Ou presque, car lorsque Šibor avait dit à Cécile: «prenez une cacahuète», celle-ci s’était exécutée comme un automate, se redressant pour aller chercher, avec une précision mécanique, une seule et unique arachide dans le bol. Elle n’aimait pas les cacahuètes.
Qu’est-ce qu’il y avait dans ces verres?

Les jumeaux continuaient de causer inlassablement, l’un commençait une phrase que continuait l’autre en rebondissant sur ses propos dans une parodie de dialogue: «mais oui, Bhora, tu as bien raison, et d’ailleurs sais-tu que…».
Ils parlèrent plusieurs fois du grand honneur que c’était, pour Cécile et Valérie, d’avoir été choisies, sélectionnées, élues, ils insistèrent plusieurs fois sur la valeur de leur sacrifice, sur le fait que les habitants de Deneb IV qui grâce à elles allait être repeuplée leur seraient toujours reconnaissants. «Vous comprenez que nous devons réquisitionner votre enveloppe charnelle et nous en servir à notre guise, n’est-ce pas?»
Elles entendaient bien les mots mais dans leur état de fatigue et de confusion elles n’y comprenaient strictement rien.

Les deux frères se levèrent d’un seul coup. «À présent, veuillez nous suivre, nous allons vous montrer votre lieu d’habitation pour les quinze années à venir», dit Šibor.
Depuis la brume qui l’empêchait de réfléchir, Cécile arriva à dire quelque chose comme «Ah, vous êtes sympas vous au moins vous n’étiez pas devant le rugby».
Les jumeaux prirent aussitôt un air stupéfait.
– «Le rugby!» lança Šibor en regardant la date sur son téléphone «Nous ne sommes pas vendredi, nous sommes samedi!».
– «Vite!» répondit Bhora.
Sans prendre la peine de s’excuser de devoir prendre congé, les deux frères se ruèrent à l’extérieur. L’un dit : «Tant pis! Nous trouverons des incubatrices une autre fois!» ; l’autre répondit «Tu as raison Bhora».

Il y a des choses sacrées. S’ils se dépêchent, ils verront la dernière demi-heure du match, c’est déjà ça. Finalement, ils ne sont pas si bizarres qu’on le dit!

(fin)

Soirée de championnat (2)

Les deux hommes, deux jumeaux prénommés Boha et Šibor, étaient bien connus des gens de la région, c’étaient même à leur manière des vedettes. Ils ne quittaient pourtant leur propriété — un mystérieux petit château dont la plupart des fenêtres avaient été murées et dont le jardin n’était plus entretenu depuis bien longtemps — qu’une fois ou deux chaque semaine pour aller au marché, soit à Auch soit à Fleurance soit encore, mais de manière tout à fait exceptionnelle, à Lectoure. Leurs apparitions suscitaient toujours des chuchotements : «tu as vu qui c’est?» — «c’est eux!». Ce ne sont pas leurs recherches controversées sur la physique élémentaire qui les rendaient localement si célèbres mais simplement les rumeurs qui courraient à leur sujet. Quand quelqu’un disait «ils ne sont pas d’ici», il s’en trouvait toujours un autre pour assurer qu’il avait entendu dire que leur grand-mère s’appelait sans doute Eozasse ou Cafigue, des patronymes du cru.

Parfois même, un nonagénaire jurait qu’il les avait connus alors qu’il était lui-même enfant, qu’il avait volé des pommes dans leur jardin. Il s’étonnait au passage qu’ils aient si peu changé. Malgré leur bizarrerie, on les avait acceptés, ils faisaient partie du paysage, bien qu’on les craignit un peu. Des rumeurs de disparition courraient, entretenues par l’inconséquence de certains. Lorsqu’un adulte noyait des chatons, par exemple, il disait à ses enfants «Je les ai vus trainer vers le château… Il se passe des choses bizarres là-bas». Les gendarmes n’avaient jamais osé se déplacer pour vérifier quoi que ce soit: des chatons, après tout…

Personne en tout cas n’avait jamais vu les jumeaux étranges dans un night-club des alentours d’Auch ni même jusqu’à Mirande.
Cécile et Valérie les avaient bien vu entrer — comment ne pas les remarquer — et avaient, du coin de l’œil, observé leur manège. Sans perdre les deux filles des yeux une seconde, les deux frères s’étaient dirigés vers le bar, avaient commandé deux verres. Il sembla à Cécile, mais elle était trop loin pour en jurer, qu’un des jumeaux avaient profité d’une seconde d’inattention du barman pour verser un liquide non-identifié dans les verres, à l’aide d’une pipette. «Le secret de leur éternelle jeunesse?», se demanda-t-elle.

Un bruit subit de sirène accompagné de lumières folles, de fumées et d’une espèce d’explosion se déclencha alors au milieu de la piste de danse, faisant sursauter tout le monde. Cécile et Valérie n’eurent pas le temps de se demander s’il y avait un incendie ou s’il s’agissait d’une blague, la voix chaude du deejay se fit entendre dans les hauts parleurs : «Fausse alerte les amis, j’essayais quelque chose».

C’est à ce moment là que les jumeaux accostèrent les deux jeunes filles, chacun un verre à la main. De manière parfaitement synchrone, ils leur dirent : «Bonjour mesdemoiselles, pouvons-nous vous offrir un verre?». En temps normal, Cécile et Valérie ne sont pas bien farouches, alors imaginez comme elles accueillirent les deux hommes étranges ce soir de disette. Conforme à ses habitudes, Valérie osa sa bonne vielle blague et demanda «Qu’est-ce qu’on risque?»

Les yeux subitement inquiets des deux frères se croisèrent, ils mirent presque deux secondes avant de se décider à répondre: «ce que vous risquez? Mais rien, mademoiselle, je vous l’assure.»

(suite)

Soirée de championnat (1)


Le night-club, situé en périphérie de la préfecture, s’était longtemps nommé le Paradiso, mais après plusieurs fermetures administratives temporaires dues à des problèmes d’hygiène, une fermeture définitive suivie d’un changement de propriétaire et de décoration, le lieu avait dû prendre un nouveau nom. Sa clientèle en revanche n’avait pas tellement changé, c’étaient des gens du coin qui s’ennuyaient.
Valérie et Cécile, nées l’une comme l’autre à la maternité du centre hospitalier de la bonne ville d’Auch, venaient de fêter leurs trente-cinq ans, l’une en juin l’autre en octobre. On était un samedi mais elles étaient les seules clientes de l’endroit. Un deejay passait des disques, plus pour s’entrainer que pour faire danser, un barman refaisait son inventaire. Ce soir-là, il y avait Brives-Castres à la télé. Dans le Gers, le rugby c’est sacré, et si Castres l’emportait, Auch perdait une place dans le classement, la rencontre était donc importante. Le patron de la discothèque, une fois de plus, se demanda s’il ne fallait pas se résoudre un jour à investir dans un écran géant, comme le faisaient les cafetiers-pinardiers du coin.
Toutes les deux ou trois minutes, une des filles lançait : «On s’emmerde!». Habituellement bavardes comme des pies, elles étaient affalées dans le canapé jaune, l’air songeur, comme des princesses figées par quelque charme qui attendraient qu’un prince vienne les animer.
«Le premier mec qui passe la porte, je l’épouse», dit Cécile. «Pareil», dit Valérie. Elles le pensaient presque. Chacune se retenait de lancer, comme autrefois, «on n’a qu’à devenir lesbiennes!», car depuis une expérience équivoque dont elles n’avaient jamais osé se reparler et dans laquelle un dénommé Martial et un alcool de prune avaient une lourde responsabilité, le sujet les plongeait dans un embarras profond. Elles n’auraient jamais pu se reparler si elles n’avaient été également convaincues que l’autre avait tout oublié.

Chacune hésitait à rentrer chez elle, car il était encore tôt et si le match et les discussions duraient, elles resteraient seules pour danser jusqu’à onze heures et demie ou minuit. C’est alors que deux jeunes hommes à la beauté irréelle firent leur entrée. Ils balayèrent du regard la grande pièce sombre et presque vide. L’un des deux dit, en désignant Valérie et Cécile : «Ces deux-là m’ont l’air seules». L’autre émit un petit ricanement.

(suite)