politique du chiffre et nombre de la bête

L’autre jour j’ai vu Brice Hortefeux à la télé
Il allait annoncer ses excellents résultats, il était tout souriant, et en attendant qu’il passe en direct, des spécialistes analysaient déjà les chiffres non publiés : bons résultats, certes, disait le gauchiste de service (qui n’en savait rien), mais bon après tant de mauvais mois, c’était le moins, ça ne prouvait rien ; un autre expliquait au contraire que les méthodes d’Hortefeux payaient de manière spectaculaire et qu’il fallait juste accélérer les réformes pour que cette spectacularité soit soit plus spectaculaire encore ; etc.
Ensuite est passé Hortefeux. Le plus beau jour de sa vie, grand sourire, joues roses (bon ce n’est pas un vrai indicateur dans son cas), il a raconté que, enfin, on pouvait noter dans la plupart des domaines une baisse sensible de l’accélération de l’augmentation des faits de délinquance. Pour ceux qui ne sont pas matheux, ça signifie que ça monte encore mais un peu moins vite.
Je suppose que la positive attitude du ministre s’explique par son besoin de fuir une réalité domestique assez embêtante et qui n’a rien à voir avec la délinquance (quoique ?) : son épouse est une chipie, pour ne pas dire peste.
De leur côté, les flics ont d’autres problèmes : ils se suicident presque autant que les gens qu’ils mettent en prison et leur profession est d’ailleurs au premier rang du taux de suicides en France.
Dans une lettre aux citoyens qui va être diffusée à la fin de la semaine, le syndicat majoritaire de la profession a une analyse assez différente de celle de son ministre de tutelle :

« […] les statistiques de la délinquance démontrent un net infléchissement des résultats, les faits violents sont en nette recrudescence et les cambriolages ont atteint des sommets sansprécédent. Malgré ce constat non exhaustif, les effectifs décroîtront continuellement à partir de 2010 pour atteindre un niveau incompatible avec une sécurité efficace. La Police nationale n’aura plus les moyens d’assurer convenablement votre propre sécurité, et déjà de nombreuses zones géographiques sont laissées à l’abandon. Jour après jour, les Policiers nationaux s’épuisent à remplir des objectifs inatteignables – la politique du chiffre – loin des réalités d’une délinquance mobile, violente, dont vous avez ou pouvez être victime.

À croire que tout le monde n’interprète pas les chiffres de la même manière.
Mais pas d’inquiétude, le ministère a un plan secret : confier la sécurité des quartiers à leurs habitants en légalisant les milices de volontaires, suivant le modèle des « chemises jaunes » de Berlusconi, des « chemises noires » de Mussolini et de la milice de Darnand  : on n’a jamais mieux réglé les problèmes de délinquance qu’en donnant du pouvoir, un uniforme et un bâton ou un fusil aux voyous.

goodcopbadcop

L’annonce de la création de cette force policière anti-républicaine de proximité n’a pour l’instant choqué personne (en dehors de Jean-Luc Mélenchon qui l’évoque sur son blog) et n’a pas été reprise par la presse qui juge sans doute plus important de se demander s’il faut accepter ou non les minarets en France (comme s’il y avait des minarets en France).

Bon si tout le monde s’en fiche, ça doit être que ce n’est pas important.

Mélenchon avec un E, voyons !

Eh oui, ne mélanchons pas tout

mais ça fait peur ce truc, je n’en ai pas du tout entendu parler…

C’est peut-être ça qui doit faire le plus peur : personne n’en parle alors que le président en a parlé lors d’un discours public.
Ceci dit il y avait une actualité prioritaire : la main de Thierry Henry.